Le défi d’un système de recherche agricole pro-pauvre

Kenyan farmers

L’un des défis majeurs de la Recherche Agricole pour le Développement est comment construire un système de recherche agricole plus proche des petits exploitants. Pendant longtemps la recherche a été l’affaire des seuls scientifiques qui l’ont pratiquée en vase clos dans des laboratoires avec des résultats dont les paysans n’ont souvent pas connaissance. Plusieurs décennies après, les grands défis de pauvreté et de la faim auxquels la recherche devrait aider à trouver des solutions demeurent, et continuent de causer plus de dégâts dans certaines régions du monde que dans les temps passés.

Selon le récent rapport co-publié par la FAO, le FIDA et le PAM sur l’Etat de la Sécurité Alimentaire dans le Monde, le taux de malnutrition en Afrique et dans certaines régions de l’Asie a augmentée au cours des 20 dernières années, même si des améliorations ont été enregistrées au niveau mondial. Avec la complexité des défis auxquels devront faire face les systèmes de production agricoles dans le futur, une transformation du système de recherche agricole est urgente afin d’accroitre la résilience des plus vulnérables et faire de la recherche un véritable outil de développement pro-pauvre. Certains préalables sont nécessaires pour conduire cette transformation souhaitée vers les défis majeurs du développement.

1. Chaque recherche doit permettre de résoudre un problème spécifique dans un milieu donné

“La recherche ne devrait pas être réalisée pour le seul but de la Recherche ou pour des fins de publications”, a déclaré dans le film ci-dessus Mr. Zakaria, un des directeurs adjoints de l’Académie du Développement Rural de Bogra en Bangladesh. En effet, le souci de trouver des solutions efficaces et accessibles aux difficultés quotidiennes des petits exploitants devrait être un critère déterminant pour toute initiative de recherche pro-pauvre. Il est important pour ce faire, de réfléchir à la mise en place d’un système de recherche inclusive faisant du paysan un acteur intégral du processus, contrairement à l’approche top down qui, de par le passé, prenait le producteur pour un simple récepteur et consommateur des produits de la recherche.

La recherche ne doit plus seulement se contenter d’apporter de nouvelles technologies aux paysans ; elle doit aussi contribuer à soutenir et  valoriser les innovations locales prometteuses puisque la complexité des défis nécessite des réponses multiples basées sur une approche intégrée et participative. “Nous devons nous pencher sur les technologies développées par les paysans, ….. il y a beaucoup d’innovations sur le terrain”, précise Mr. Zakaria.

En effet, en absence de solutions scientifiques adéquates les paysans ont souvent mis en pratique leur ingéniosité et savoirs locaux pour sécuriser leurs moyens d’existence. Des pratiques telles que le zai, les cordons pierreux, les demi-lunes ou la régénération naturelle assistée sont de bons exemples d’innovations développées au niveau local par les producteurs en Afrique notamment en zone sahélienne, pour répondre avec succès aux problématiques récurrentes de sécheresse et de désertification. Il est alors important de chercher d’ abord à explorer les possibilités existant avec les paysans au niveau local avant de penser à importer de nouvelles technologies.

2. Faire des producteurs, des rechercheurs

Généralement les producteurs sont engagés dans un processus local et autonome de recherche. Dans plusieurs cas ils ont reçu à sauvegarder des espèces, conserver et améliorer les performances de nombreuses variétés de semences à travers des processus de sélection essentiellement basés sur des savoir locaux. Mais souvent, les producteurs sont limités dans leur ingéniosité du faite de leur faible niveau d’éducation ajouté à la complexité des problèmes qui nécessite des connaissances plus diversifiées et complémentaires.

Ainsi, la recherche plutôt que de vouloir rendre les producteurs entièrement dépendants du processus de la recherche classique, doit renforcer leurs capacités d’innovation ainsi que leur système local d’apprentissage et d’expérimentation. Cela présente l’avantage d’accroitre la résilience des populations en améliorant leur aptitude à réagir et à innover face aux divers défis qui menacent leurs moyens d’existence.

De plus, lorsque les expérimentations sont réalisées par le paysan lui-même dans sa ferme, les technologies sont plus adaptées aux conditions agro-écologiques de son exploitation ; et les baisses de performances liées au transfert des technologies des laboratoires vers le milieu paysan dans le cas du système de recherche classique sont considérablement réduites. Le film ci-dessus qui montre comment les chercheurs de l’Académie du Développement Rural du district de Bogra en Bangladesh ont réussi à faire des paysans des chercheurs dans le domaine de la sélection et de production des semences est un cas assez édifiant, ayant permis aux populations de sortir de la trappe de pauvreté et de l’insécurité alimentaire.

Grâce à la formation sur les techniques de sélection des semences, Mosammat Izatunnesa, une exploitante, a pu améliorer les performances de ses cultures en les rendant plus productives et rentables. Cela lui a ainsi permis d’améliorer les conditions de vie de sa famille. En se rappelant des souffrances vécues par sa famille avant la connaissance cette méthode, Mosammat déclare : “Je regrette de n’avoir pas appris cela plus tôt”. Les petits exploitants ont en réalité beaucoup trop souffert des insuffisances du système de recherche classique dont ils ne sont souvent pas au courant des résultats ou ceux-ci ne répondent pas à leurs besoins. Nous n’avons donc plus le droit de perdre du temps pour engager les reformes nécessaires à la transformation du système actuel de recherche agricole en faisant du paysan son point focal.

3. Faciliter la fluidité de l’information entre les chercheurs et les paysans

“Nous aimerions que les chercheurs viennent vers nous pour nous conseiller en nous disant de faire ceci, ou de faire cela”. Tel est le cri de détresse de Mr. Joseph Kaguata, un petit exploitant kenyan faisant face à la sécheresse et la rareté de l’eau. Mais tout comme Joseph, plus 1,5 milliards de populations dans le monde, majoritairement pauvres, souffrent d’un manque croissant d’eau pour la production alimentaire du moment que ceux-ci dépendent des terres arides et dégradées pour leur subsistance (UNCCDD).

Ces paysans ont besoins de nouvelles technologies et connaissances pour faire face aux défis de l’eau. Plusieurs variétés améliorées ont été mises au point à cette fin par les institutions de recherche, mais elles ne sont généralement pas connues des producteurs. AfricaRice dispose dans ces bases de données plus de 200 variétés de riz adaptées à diverses conditions et stress hydriques. On y retrouve notamment 18 variétés de riz du plateau et des terres arides, 60 variétés de riz de bas-fond, 15 variétés de riz adaptées au climat sahélien, etc. Mais combien de paysans sahéliens menacés par la rareté de l’eau ont une connaissance de l’existence de ces innovations ? C’est en ce sens qu’il faudra comprendre le cri de détresse de Mr. Joseph Kaguata, qui souhaite que la recherche ainsi que les solutions qu’elle propose soient à la portée des paysans.

Cela pose un véritable défi de gestion des connaissances dans la perspective d’une recherche agricole pro-pauvre, qui sera l’un des grands sujets de discussion à la GCARD2. Cette grande rencontre de l’année sur la recherche agricole pour le développement sera aussi l’occasion pour discuter à fond des questions de la prospective, du renforcement des capacités et du partenariat pour la mise en place d’un système de recherche agricole pro-pauvre.

Mais pour favoriser une consultation large de tous les acteurs du système de la recherche agricole, la GCARD a conçu plusieurs outils de collaboration à distance pour contribuer aux réflexions sur la recherche de solutions efficaces et durables aux défis multiples auxquels devront faire face dans le futur la recherche agricole pour atteindre et impacter les petites exploitants dans une perspective du développement durable. Votre contribution est fortement souhaitée à travers ce blog, le Twitter ou la page Facebook de l’événement.

Article écrit par Rivaldo Kpadonou, un des reporteurs sociaux de la GCARD

Photo: Peter Casier/CCAFS


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